Pourquoi le leadership efficace surpasse le leadership conventionnel (et pourquoi les deux demeurent essentiels)

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On présente souvent le leadership efficace comme la référence absolue. Il est réfléchi, durable et centré sur les personnes et la raison d’être. Mais la vérité, c’est que même le leadership le plus efficace peut échouer s’il est appliqué au mauvais moment.

Le leadership n’est pas une posture unique. C’est un équilibre de positions, et savoir quand passer de l’une à l’autre détermine si vous survivez à la tempête ou si vous bâtissez quelque chose qui dure.

Leadership efficace vs leadership conventionnel

Le leadership efficace est intentionnel et durable. Il explique le pourquoi et le comment, utilise les ressources avec discernement et oriente tout vers des résultats collectifs. Il construit des équipes ouvertes, collaboratives, créatives, humbles et axées sur le service. Il écoute, s’ajuste et crée les conditions pour que les autres s’épanouissent.

Le leadership conventionnel, lui, repose souvent sur ce qui est familier ou immédiat. Il se concentre sur le quoi faire et dicte le comment faire, mais explique rarement le pourquoi. Il peut donner des résultats à court terme, mais peine à maintenir la performance dans la durée. Il est réactif, rarement consultatif, valorise la voix la plus forte et considère la rétroaction comme optionnelle.

Ces deux approches sont des positions, pas des identités figées. L’art du leadership consiste à savoir quand adopter chacune d’elles.

Deux positions, une même responsabilité

Quand le navire prend l’eau, les équipes ont besoin de direction. Le leadership conventionnel, avec sa clarté et sa structure, maintient l’organisation à flot. Il stabilise, réduit l’ambiguïté et permet à chacun de se concentrer sur l’essentiel.

Mais quand la tempête s’apaise, cette même posture devient limitante. Trop de contrôle finit par freiner l’initiative et l’innovation.

C’est alors que le leadership efficace devient essentiel. Le gestionnaire passe du mode commande au mode mobilisation, du correctif à court terme à la résilience à long terme.

La pandémie de COVID a mis ce contraste en lumière. Beaucoup de dirigeants ont découvert qu’une prise de décision rapide sans transparence menait à l’épuisement et à la confusion. Ceux et celles qui ont guidé leurs équipes avec franchise, empathie et vulnérabilité — en reconnaissant ce qu’ils ignoraient et en s’appuyant sur leur équipe pour naviguer l’incertitude — ont renforcé la confiance et l’adaptabilité. Leur honnêteté n’a pas affaibli leur autorité ; elle l’a rendue authentique.

Ce qu’ils ont en commun

Malgré leurs différences, les leaders efficaces et conventionnels partagent plusieurs caractéristiques :

  • Ils donnent une direction claire et définissent la réussite
  • Ils créent de l’élan et mobilisent les énergies
  • Ils obtiennent des résultats

La différence réside dans la manière d’y arriver et dans la capacité à faire croître ces résultats dans le temps plutôt que les voir s’éroder.

Quand la posture compte

  • En situation de crise. Le leadership conventionnel apporte la stabilité. Des décisions rapides, des directives claires et une exécution maîtrisée évitent l’escalade. Mais même dans la crise, les dirigeants qui communiquent avec transparence et reconnaissent l’incertitude gardent leurs équipes mobilisées.
  • En phase de croissance ou de renouveau. Le leadership efficace favorise la créativité, la confiance et la collaboration nécessaires pour franchir une nouvelle étape. Il transforme la reprise en progression.
  • En période de transition. Les meilleurs gestionnaires savent lire le moment et s’adapter. L’efficacité gagne la journée, mais l’effectivité gagne la décennie.

Bâtir pour durer, pas seulement pour gagner

Dans Built to Last, Jim Collins et Jerry Porras ont étudié des entreprises visionnaires qui ont prospéré pendant des décennies. Leur conclusion : la grandeur vient de la capacité à préserver le noyau tout en stimulant le progrès.

Ce principe s’applique directement au leadership. Le leadership conventionnel préserve le noyau : il assure la structure, la rigueur et la concentration. Le leadership efficace stimule le progrès : il développe les capacités, la vision et l’innovation.

Les meilleurs leaders équilibrent les deux. Ils savent quand resserrer le contrôle et quand le relâcher. Ils agissent avec urgence sans créer de panique et avec humilité sans perdre leur autorité.

Pourquoi tant de dirigeants restent coincés dans le mode conventionnel

  • Sélection fondée sur l’ancienneté plutôt que sur l’aptitude. Beaucoup de gestionnaires sont promus pour leur rendement individuel, pas pour leur potentiel de leadership.
  • Faibles attentes en matière de qualité du leadership. Peu d’organisations définissent clairement ce qu’est un « bon » leadership.
  • Absence de formation et de boucles de rétroaction. Sans développement intentionnel, les gestionnaires reproduisent les modèles qu’ils ont observés.
  • Inertie culturelle. Quand la voix la plus forte l’emporte, la réflexion est perçue comme une faiblesse.

Le rendement du leadership efficace vs le coût du leadership conventionnel

Rendement du leadership efficace

  1. Rentabilité supérieure. Les équipes les plus engagées affichent une rentabilité d’environ 23 % plus élevée que les moins engagées. (Source: Gallup)
  2. Avantage durable. Les organisations ayant amélioré leur santé organisationnelle ont vu leur EBITDA croître de 18 % en un an et jusqu’à 35 % de rendement total pour les actionnaires lors de grandes transformations. (Source: McKinsey)
  3. Moins de roulement et plus de productivité. Les entreprises à fort engagement enregistrent beaucoup moins de départs et une productivité plus élevée. (Source: Chronus)

Coût du leadership conventionnel

  1. Perte massive de productivité. Les employés désengagés coûtent environ 8,8 billions USD à l’économie mondiale chaque année. (Source: inFeedo)
  2. Coût élevé du roulement. Remplacer un gestionnaire peut coûter jusqu’à 200 % de son salaire ; le désengagement accentue ce phénomène. (Source: The Happiness Index)
  3. Impact du gestionnaire. Environ 70 % de la variance de l’engagement des équipes est attribuable à la qualité du leadership du gestionnaire. (Source: Gallup)

Devenir plus efficace dans son leadership

Améliorer son leadership ne consiste pas à changer de personnalité, mais à pratiquer consciemment. Le parcours est simple, mais exigeant.

1. Lecture
Approfondissez votre compréhension à travers ces ouvrages incontournables :

  • Built to Last – Jim Collins et Jerry Porras
  • Good to Great – Jim Collins
  • The Practice of Adaptive Leadership – Ronald Heifetz, Alexander Grashow et Marty Linsky
  • Multipliers – Liz Wiseman

2. Formation
Le leadership est un métier. Le développement sérieux dépasse les ateliers de motivation.
Les programmes de formation pour cadres offerts par les grandes écoles de gestion proposent des cadres structurés, des études de cas réels et un apprentissage entre pairs qui reflètent la complexité du leadership moderne.
Des programmes comme le Program for Leadership Development de Harvard, l’Advanced Management Programme d’INSEAD ou le Mini Executive MBA de HEC Montréal permettent de pratiquer la prise de décision stratégique sous pression et d’apprendre aux côtés de dirigeants de divers secteurs.
L’essentiel est de choisir une formation qui allie théorie et application concrète : simulations d’affaires, projets réels et rétroaction pour transformer l’apprentissage en action.

3. Coaching
Le coaching est l’endroit où la théorie du leadership rencontre la réalité. Il offre un espace confidentiel pour tester, ajuster et renforcer sa posture pendant que les situations se déroulent.
Un bon coach aide le gestionnaire à réfléchir à la posture la plus adaptée à son contexte d’affaires, aux attentes de ses parties prenantes et à son environnement politique. Il pousse à grandir dans l’inconfort, à exercer l’influence sans autorité formelle et à se relever plus vite après un revers.
En somme, le coaching transforme la conscience en action et en résilience.

4. Pratique
Chaque rencontre, décision ou rétroaction est une occasion d’affiner sa posture. Le leadership efficace n’est pas un trait ; c’est un muscle.

En conclusion

Le leadership conventionnel gagne les batailles à court terme. Le leadership efficace gagne la guerre du long terme.

Les meilleurs gestionnaires maîtrisent les deux postures : fermes quand les eaux sont agitées, réfléchis quand vient le temps de tracer une nouvelle route. Ils savent quand tenir la barre et quand faire confiance à l’équipage.

Cet équilibre permet aux équipes non seulement de performer, mais de durer. C’est ce qui transforme une bonne organisation en une organisation véritablement bâtie pour durer.

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